# Peut-on cumuler pension d’invalidité et AAH ?

La question du cumul entre pension d’invalidité et Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) concerne des milliers de personnes en France confrontées à une incapacité de travail significative. Comprendre les mécanismes de ce cumul représente un enjeu financier majeur pour vous, puisque ces deux prestations constituent souvent les principales ressources des personnes en situation de handicap. Le système français de protection sociale a prévu des règles précises encadrant cette articulation, avec des plafonds de ressources et des calculs différentiels qui peuvent paraître complexes. La pension d’invalidité versée par votre Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) et l’AAH gérée par la Caisse d’Allocations Familiales (CAF) répondent à des logiques distinctes mais complémentaires. Maîtriser ces subtilités vous permettra d’optimiser vos droits et d’éviter les erreurs qui pourraient retarder ou diminuer vos prestations.

Comprendre le cadre juridique du cumul pension d’invalidité et AAH selon le code de la sécurité sociale

Le cadre légal régissant le cumul entre pension d’invalidité et AAH s’inscrit dans une architecture juridique précise du Code de la Sécurité Sociale. Cette réglementation établit les conditions dans lesquelles vous pouvez bénéficier simultanément de ces deux prestations, tout en définissant clairement les priorités et les mécanismes de calcul applicables. L’articulation entre ces dispositifs repose sur le principe fondamental de subsidiarité qui garantit que chaque bénéficiaire dispose d’un revenu minimum garanti, sans pour autant permettre un double financement intégral des mêmes besoins.

Les dispositions légales de l’article L821-1 du CSS encadrant l’allocation aux adultes handicapés

L’article L821-1 du Code de la Sécurité Sociale définit l’AAH comme une allocation différentielle destinée à garantir un revenu minimum aux personnes handicapées. Ce texte fondateur précise que vous pouvez prétendre à cette prestation si votre taux d’incapacité atteint au moins 50%, sous réserve de remplir des conditions de ressources strictes. La loi établit explicitement que l’AAH constitue une allocation subsidiaire, ce qui signifie qu’elle intervient en complément des autres revenus de remplacement, dont la pension d’invalidité. Cette caractéristique juridique est essentielle pour comprendre pourquoi vous ne percevrez jamais l’intégralité des deux prestations simultanément. Le législateur a voulu éviter les situations de cumul intégral qui créeraient des inégalités entre bénéficiaires.

Le régime de la pension d’invalidité des catégories 1, 2 et 3 selon l’article L341-1

L’article L341-1 du Code de la Sécurité Sociale organise la pension d’invalidité en trois catégories distinctes, chacune correspondant à un degré spécifique d’incapacité. La première catégorie concerne les personnes capables d’exercer une activité rémunérée, avec une pension égale à 30% du salaire annuel moyen. La deuxième catégorie, représentant la majorité des cas, s’applique aux personnes absolument incapables d’exercer une profession quelconque, avec une pension de 50% du salaire annuel moyen. La troisième catégorie, enfin, vise les invalides nécessitant l’assistance d’une tierce personne pour accomplir les actes ordinaires de la vie, bénéficiant d’une majoration spécifique. Ces classifications déterminent directement le montant de votre pension et

conditionnent la possibilité de cumul avec l’AAH. Plus votre pension d’invalidité est élevée, plus le complément d’AAH sera réduit, jusqu’à disparaître si vos ressources dépassent le plafond légal. À l’inverse, une pension modeste, notamment en catégorie 1 ou 2, ouvre souvent droit à une AAH différentielle venant rehausser votre revenu global jusqu’au montant maximal garanti par la loi.

Les conditions de ressources fixées par le plafond AAH à 11 656 euros annuels pour une personne seule

Le cumul entre pension d’invalidité et AAH repose sur un critère central : le plafond de ressources. Pour une personne seule, ce plafond est fixé à 11 656 € annuels, soit l’équivalent de 956 € par mois environ. Concrètement, cela signifie que l’ensemble de vos revenus pris en compte (pension d’invalidité, autres allocations imposables, revenus d’activité après abattements éventuels) ne doit pas dépasser ce seuil pour ouvrir droit à l’AAH, même sous forme partielle.

Ce plafond est revalorisé régulièrement par décret, généralement chaque année, afin de suivre l’évolution du coût de la vie. Vous devez donc garder à l’esprit que les montants cités peuvent légèrement varier selon l’année de référence. Si vous vivez en couple ou si vous avez des enfants à charge, le plafond AAH est majoré, ce qui peut faciliter le cumul pension d’invalidité et AAH différence. C’est la CAF ou la MSA qui vérifie automatiquement vos revenus déclarés pour déterminer si vous restez en dessous de ce plafond réglementaire.

En pratique, si votre pension d’invalidité dépasse déjà ce seuil de 11 656 € annuels, vous ne pourrez pas percevoir l’AAH. En revanche, si votre pension est inférieure, la CAF peut calculer un complément pour vous rapprocher de ce niveau de ressources minimum. C’est là que la logique différentielle de l’AAH prend tout son sens : elle ne se substitue pas à votre pension, elle la complète dans la limite de ce plafond.

La notion de subsidiarité de l’AAH face aux pensions d’invalidité de la CPAM

Le principe de subsidiarité est au cœur du cumul entre pension d’invalidité et AAH. Juridiquement, cela signifie que l’AAH n’intervient qu’en dernier recours, lorsque vos autres ressources (pension d’invalidité, revenu de solidarité, allocations chômage, etc.) n’atteignent pas le minimum légal garanti. L’AAH n’a donc pas vocation à remplacer une pension d’invalidité mais à combler l’écart entre vos revenus et le plafond AAH.

Concrètement, la CPAM est prioritaire pour vous verser une pension d’invalidité dès lors que votre état de santé justifie ce type de prestation. La CAF, elle, intervient dans un second temps, pour étudier si un complément AAH est possible. C’est pourquoi, dans la pratique, les organismes sociaux peuvent vous inviter à déposer d’abord une demande de pension d’invalidité avant d’examiner un éventuel droit à l’AAH. Cette hiérarchie évite ce que le législateur considère comme un « double financement » de la même situation.

Vous pouvez donc parfaitement cumuler pension d’invalidité et AAH, mais jamais au point de dépasser de façon importante le revenu minimum visé par l’AAH. L’allocation reste « subsidiaire » : elle intervient après toutes les autres, en ajustement fin, un peu comme une dernière couche qui vient compléter un revenu déjà partiellement constitué par la pension d’invalidité.

Calcul du montant de l’AAH différentielle en complément d’une pension d’invalidité

Une fois le cadre juridique posé, la question clé reste souvent la même : combien allez-vous réellement percevoir en cumulant pension d’invalidité et AAH ? La réponse dépend d’un calcul différentiel bien précis réalisé par la CAF ou la MSA. Ce calcul part du montant maximal de l’AAH et en déduit vos ressources prises en compte, dont la pension d’invalidité brute. L’objectif est de vous garantir un revenu global qui se rapproche du montant de référence, sans le dépasser.

Le mécanisme de déduction du montant brut de la pension d’invalidité sur les 956 euros de l’AAH

Le principe de calcul est relativement simple sur le papier : la CAF part du montant mensuel maximal de l’AAH (environ 956 € pour une personne seule dans l’exemple retenu) et en soustrait votre pension d’invalidité brute ainsi que vos autres revenus pris en compte. Le résultat obtenu correspond à l’AAH dite différentielle. Si ce résultat est négatif ou nul, aucun complément AAH n’est versé. S’il est positif, il représente le montant de l’AAH que vous pouvez percevoir.

Imaginons que votre pension d’invalidité de 2ème catégorie s’élève à 700 € par mois et que vous n’ayez pas d’autres revenus. La CAF calculera : 956 € (plafond AAH) – 700 € (pension invalidité) = 256 €. Vous pourrez donc, sous réserve de remplir les autres conditions (taux d’incapacité, résidence, âge), percevoir une AAH de 256 € par mois. Votre revenu total atteindra alors 956 €, ce qui correspond au niveau de ressources garanti.

À l’inverse, si votre pension d’invalidité est de 1 050 € mensuels, le calcul donnerait : 956 € – 1 050 € = –94 €. Le résultat étant négatif, aucun droit à l’AAH ne peut être ouvert. Ce mécanisme de déduction explique pourquoi certaines personnes en invalidité, malgré une situation médicale sévère, ne touchent pas l’AAH : leurs ressources dépassent déjà le seuil couvert par cette allocation différentielle.

La prise en compte de l’abattement spécifique de solidarité (ASS) dans le calcul différentiel

Le calcul de l’AAH différentielle ne se limite pas à une simple soustraction pension d’invalidité / plafond AAH. Certains revenus bénéficient d’abattements spécifiques, dont l’Abattement Spécifique de Solidarité (ASS), qui permet de ne pas prendre en compte la totalité des montants perçus dans le calcul des ressources. Cet abattement joue un rôle important lorsque vous cumulez plusieurs aides ou une petite activité professionnelle avec votre pension d’invalidité.

Par exemple, si vous touchez une allocation de solidarité ou un revenu d’activité, seule une partie de ces sommes peut être intégrée dans le calcul des ressources pour l’AAH, après application d’abattements prévus par les textes. Cela revient à « alléger » vos ressources déclarées aux yeux de la CAF, et donc à augmenter mécaniquement votre droit potentiel à une AAH complémentaire. C’est un peu comme si, pour le calcul, on regardait votre revenu à travers un filtre qui en masque une partie.

Vous avez donc tout intérêt à signaler précisément la nature de vos revenus à la CAF et à vérifier qu’ils bénéficient bien des abattements applicables. Une erreur de classification (par exemple confondre une allocation de solidarité avec un revenu imposable classique) peut réduire artificiellement votre droit à l’AAH, voire entraîner un refus injustifié. En cas de doute, n’hésitez pas à solliciter un travailleur social ou un conseiller CAF pour obtenir une explication détaillée de la prise en compte de vos ressources.

L’impact de la majoration pour la vie autonome (MVA) de 104,77 euros sur le cumul

La Majoration pour la Vie Autonome (MVA) est un complément de 104,77 € (montant indicatif) destiné aux bénéficiaires de l’AAH qui vivent dans un logement indépendant et supportent des charges de logement. Cette majoration vient s’ajouter à l’AAH, sous certaines conditions, sans être prise en compte dans le calcul des ressources. Elle ne se substitue pas à l’AAH, elle la complète pour favoriser l’autonomie au domicile.

Pour bénéficier de la MVA, vous devez notamment percevoir l’AAH à taux plein ou en complément d’un revenu, disposer d’un logement indépendant et ne pas être hébergé en établissement médico-social ou pénitentiaire (sauf exceptions). Si vous êtes en situation de cumul pension d’invalidité et AAH, la MVA peut donc venir augmenter encore votre revenu global de plus de 100 € mensuels, sans remettre en cause le montant de votre AAH différentielle.

Imaginons que vous perceviez 600 € de pension d’invalidité et 356 € d’AAH (pour atteindre les 956 €). Si vous remplissez les conditions d’autonomie au logement, vous pourriez bénéficier en plus de 104,77 € de MVA. Votre revenu total atteindrait alors environ 1 060 € par mois. La MVA joue donc un rôle de « coup de pouce » financier, particulièrement utile pour assumer un loyer ou des charges de logement importantes, sans compliquer le calcul du cumul pension d’invalidité et AAH.

Les cas particuliers des bénéficiaires de la prestation de compensation du handicap (PCH)

La Prestation de Compensation du Handicap (PCH) est une aide versée par le département pour financer les besoins liés au handicap (aide humaine, aménagement du logement ou du véhicule, aides techniques, etc.). Elle peut être perçue en même temps qu’une pension d’invalidité et l’AAH, mais son impact sur le calcul des ressources est très spécifique. Dans la plupart des cas, la PCH n’est pas considérée comme un revenu et n’est donc pas déduite du montant maximal de l’AAH.

Cette neutralité de la PCH dans le calcul des ressources permet de préserver le cumul pension d’invalidité et AAH, tout en finançant les besoins de compensation. En d’autres termes, vous pouvez, sous conditions, percevoir simultanément une pension d’invalidité, une AAH différentielle et une PCH sans que cette dernière ne réduise votre niveau d’AAH. C’est un peu comme si la PCH circulait sur une voie parallèle, dédiée exclusivement aux surcoûts liés au handicap, tandis que l’AAH et la pension d’invalidité se concentrent sur vos ressources de vie courante.

Attention toutefois : certaines composantes de la PCH ou certaines aides connexes peuvent, dans des situations particulières, influer sur l’appréciation globale de vos ressources. Il est donc recommandé de vérifier régulièrement vos droits auprès de votre Conseil départemental et de la CAF, surtout en cas de changement de situation (augmentation de la PCH, modification de votre taux d’incapacité, entrée ou sortie d’établissement).

Procédure administrative de demande de cumul auprès de la MDPH et de la CPAM

Comprendre les règles de cumul ne suffit pas : encore faut-il savoir comment engager concrètement les démarches administratives. Pour obtenir à la fois une pension d’invalidité et un complément d’AAH, vous devrez interagir avec plusieurs organismes : la CPAM (ou la MSA) pour la pension, la MDPH pour la reconnaissance du handicap, et enfin la CAF ou la MSA pour le versement de l’AAH. Ces procédures peuvent paraître lourdes, mais elles suivent une logique précise que nous allons détailler.

Constitution du dossier CERFA n°15692*01 pour la demande d’AAH à la maison départementale des personnes handicapées

La première étape pour bénéficier de l’AAH, que vous soyez ou non déjà en invalidité, consiste à déposer un dossier complet auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) de votre lieu de résidence. Ce dossier repose sur le formulaire CERFA n°15692*01, qui permet de demander l’ensemble des droits et prestations liés au handicap, dont l’AAH, la PCH, la RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé), etc.

Dans ce formulaire, vous devrez détailler votre situation personnelle, vos difficultés au quotidien, vos besoins de compensation et cocher explicitement la case correspondant à l’Allocation aux Adultes Handicapés. Un certificat médical récent, généralement établi sur le formulaire CERFA n°15695*01, doit être joint, décrivant précisément votre pathologie, son caractère stable ou évolutif, et ses conséquences sur votre capacité de travail et votre autonomie. Pensez aussi à joindre les justificatifs de ressources et, si vous en disposez déjà, la notification de pension d’invalidité délivrée par la CPAM.

Un dossier MDPH bien complété et documenté augmente nettement vos chances d’obtenir un taux d’incapacité en adéquation avec votre situation réelle. Vous pouvez vous faire aider par un travailleur social, une association ou un proche pour remplir les rubriques les plus techniques, notamment la partie « projet de vie », souvent sous-estimée mais déterminante pour la compréhension globale de votre situation par la commission.

Évaluation du taux d’incapacité permanente par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH)

Une fois votre dossier déposé, il est instruit par l’équipe pluridisciplinaire de la MDPH, puis soumis à la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH). C’est cette commission qui va fixer votre taux d’incapacité permanente, en se référant au guide-barème officiel. Ce taux est capital, car il conditionne l’ouverture du droit à l’AAH et, par ricochet, la possibilité de cumul avec une pension d’invalidité.

Deux seuils principaux sont à distinguer : un taux de 50 % à 79 % avec restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi, et un taux supérieur ou égal à 80 %. Dans le premier cas, la CDAPH doit motiver le fait que votre handicap limite de façon importante et durable votre accès au travail. Dans le second cas (≥ 80 %), la gravité du handicap est considérée comme telle que le droit à l’AAH est généralement plus stable et la durée d’attribution plus longue.

La CDAPH peut aussi prendre en compte d’éventuels avis médicaux complémentaires, des bilans fonctionnels ou des rapports d’ergothérapeutes. Vous avez la possibilité, dans certains départements, d’être entendu ou de demander qu’un représentant vous accompagne en commission. N’hésitez pas à faire valoir précisément l’impact de votre invalidité sur votre vie professionnelle et quotidienne : c’est un élément déterminant pour l’ouverture de droits à l’AAH en complément de la pension d’invalidité.

Transmission automatique des informations entre la caisse primaire d’assurance maladie et la CAF

Une fois vos droits ouverts, un échange d’informations se met en place entre les différents organismes. Lorsqu’une pension d’invalidité est attribuée ou modifiée, la CPAM transmet généralement les données nécessaires (montant, catégorie, date d’effet) aux autres administrations, notamment à la CAF. De même, la CAF peut être informée par la MDPH de votre taux d’incapacité et de la décision d’attribution de l’AAH.

Cet échange automatisé vise à simplifier le suivi de vos droits et à limiter les risques d’erreur ou de trop-perçu. Toutefois, il ne vous dispense pas d’actualiser régulièrement vos ressources auprès de la CAF (déclaration trimestrielle ou annuelle selon votre situation). Si votre pension d’invalidité évolue (revalorisation, changement de catégorie, suspension partielle en cas de reprise d’activité), vous devez en informer rapidement la CAF afin qu’elle ajuste le montant de votre AAH différentielle.

En pratique, la coordination entre CPAM, MDPH et CAF fonctionne globalement, mais elle n’est pas infaillible. Il peut arriver qu’une information ne remonte pas à temps ou qu’une revalorisation ne soit pas prise en compte immédiatement. Vous restez donc l’acteur principal de votre dossier : surveillez vos notifications, conservez vos justificatifs et n’hésitez pas à solliciter un rendez-vous avec un conseiller CAF ou CPAM en cas d’incohérence dans le montant de vos prestations.

Délais de traitement et recours contentieux auprès du tribunal judiciaire en cas de refus

Les délais de traitement des dossiers peuvent varier selon les départements, mais il faut souvent compter plusieurs mois entre le dépôt de votre demande à la MDPH et la décision de la CDAPH. La CAF, de son côté, applique la décision dès qu’elle lui est transmise, avec parfois un effet rétroactif à la date de dépôt du dossier. Pendant cette période, il est fréquent de ressentir un certain flou financier : c’est pourquoi il est utile d’anticiper vos démarches.

En cas de refus d’AAH ou de contestation du taux d’incapacité, vous disposez de voies de recours. Vous pouvez d’abord engager un recours administratif préalable auprès de la MDPH ou de la CAF, selon la nature de la décision contestée. Si ce recours amiable échoue, il est possible de saisir le pôle social du Tribunal Judiciaire, compétent pour les litiges relatifs aux prestations sociales. Vous devrez alors exposer votre situation, produire vos pièces médicales et éventuellement vous faire assister d’un avocat ou d’une association.

Concernant la pension d’invalidité, un désaccord avec la CPAM (refus d’attribution, classement en catégorie 1 plutôt que 2, date d’effet) peut également être porté devant la commission de recours amiable de la caisse, puis devant le Tribunal Judiciaire. Ces procédures contentieuses peuvent paraître lourdes, mais elles permettent parfois de faire reconnaître des droits initialement écartés et d’accéder ensuite au cumul pension d’invalidité et AAH dans de meilleures conditions financières.

Critères d’éligibilité au taux d’incapacité de 50% à 79% versus le taux supérieur à 80%

Le niveau de votre taux d’incapacité ne joue pas seulement sur la durée d’attribution de l’AAH, il influence aussi la stabilité de vos droits et certaines modalités de cumul avec d’autres prestations. Entre 50 % et 79 %, l’AAH est conditionnée à la reconnaissance d’une restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi par la CDAPH. Au-delà de 80 %, la gravité du handicap est présumée telle que l’accès à l’emploi est fortement compromis, ce qui sécurise davantage le droit à l’AAH.

Dans la tranche 50–79 %, la CDAPH examine notamment votre parcours professionnel, vos tentatives de réinsertion, l’adéquation entre vos compétences et le marché du travail, ainsi que les aménagements nécessaires pour occuper un emploi. Si elle considère que, malgré des capacités résiduelles, l’accès à un travail en condition normale de marché est très difficile et durablement compromis, elle valide la restriction substantielle. Cette validation est indispensable pour l’ouverture de l’AAH, même si vous percevez déjà une pension d’invalidité.

Avec un taux d’incapacité supérieur ou égal à 80 %, la condition de restriction d’accès à l’emploi n’a pas à être démontrée de manière aussi détaillée. Votre situation est présumée suffisamment grave pour justifier l’AAH, sous réserve des conditions de ressources. Cela peut se traduire par des durées d’attribution plus longues (jusqu’à 10 ans, voire à vie dans certains cas) et donc une plus grande lisibilité de votre cumul pension d’invalidité et AAH dans le temps. Pour vous, cela signifie moins de démarches administratives récurrentes et une meilleure visibilité budgétaire.

Interaction entre pension d’invalidité de 2ème catégorie et reprise d’activité en ESAT

Beaucoup de personnes en invalidité catégorie 2 se demandent s’il est possible de reprendre une activité tout en conservant leur pension et, le cas échéant, leur AAH. Les Établissements et Services d’Aide par le Travail (ESAT) offrent une réponse intéressante, en proposant une activité professionnelle adaptée aux personnes dont les capacités de travail sont réduites, tout en préservant un cadre médico-social sécurisant.

Travailler en ESAT n’est pas assimilé juridiquement à un emploi classique. La rémunération garantie de l’ESAT est considérée comme une rémunération de soutien, qui se cumule dans des conditions spécifiques avec la pension d’invalidité de 2ème catégorie et, dans certains cas, avec l’AAH. La CPAM peut maintenir la pension d’invalidité tout en autorisant cette activité, à condition que le cumul des revenus ne dépasse pas certains plafonds. La CAF, de son côté, applique des règles d’abattement sur la rémunération d’ESAT pour le calcul de l’AAH.

Concrètement, cela signifie que vous pouvez, sous réserve de respecter les plafonds, percevoir votre pension d’invalidité de 2ème catégorie, une AAH différentielle et une rémunération d’ESAT. Les ressources issues de l’ESAT bénéficient souvent d’un traitement avantageux (abattements) dans le calcul de l’AAH, afin d’encourager la reprise d’activité sans « punir » financièrement l’effort de travail. C’est un peu comme si le système vous donnait une marge de manœuvre pour tester ou maintenir une activité, sans remettre immédiatement en cause vos prestations.

Il reste toutefois essentiel de signaler toute reprise d’activité, y compris en ESAT, à la CPAM et à la CAF. Ces organismes procéderont à un réexamen de votre situation, généralement sur la base d’une période de référence (trimestre ou année glissante), pour vérifier que le cumul de vos revenus ne dépasse pas les seuils autorisés. Ne pas déclarer une activité peut entraîner un trop-perçu et une demande de remboursement ultérieure, toujours difficile à gérer pour un budget déjà fragile.

Fiscalité et déclaration des revenus combinant pension d’invalidité exonérée et AAH imposable

Dernier point souvent méconnu : la fiscalité du cumul pension d’invalidité et AAH. Contrairement à une idée répandue, toutes les prestations ne sont pas traitées de la même manière par l’administration fiscale. En règle générale, la pension d’invalidité versée par la Sécurité sociale est imposable, car elle est assimilée à un revenu de remplacement, comme une pension de retraite. L’AAH, elle, est exonérée d’impôt sur le revenu, tout comme la plupart des allocations à caractère social ou de solidarité.

Concrètement, cela signifie que lorsque vous remplissez votre déclaration annuelle de revenus, vous devez y porter le montant brut de votre pension d’invalidité (catégorie 1, 2 ou 3), mais pas celui de votre AAH. Cette distinction est importante pour évaluer correctement votre taux d’imposition et, le cas échéant, votre droit à certaines aides liées au revenu fiscal de référence (exonération de taxe d’habitation, chèque énergie, etc.). La MVA, la PCH et d’autres prestations de même nature sont également exclues de l’assiette imposable.

Sur le plan pratique, vous recevez chaque année un relevé fiscal de la part de la Sécurité sociale, récapitulant les montants de pension d’invalidité à déclarer. La CAF ne vous adresse pas de relevé pour l’AAH au titre de l’impôt sur le revenu, puisqu’elle n’est pas imposable. Si vous cumulez pension d’invalidité, AAH et éventuellement une petite activité professionnelle, seul le revenu d’activité et la pension entreront dans le calcul de votre impôt. Cela peut jouer en votre faveur, en limitant votre niveau de fiscalité tout en vous permettant de bénéficier d’un cumul de ressources plus élevé.

Gardez enfin à l’esprit que la frontière entre fiscalité et calcul des ressources sociales n’est pas toujours intuitive : une prestation peut être non imposable mais tout de même prise en compte pour le calcul de certaines aides, et inversement. C’est pourquoi il est utile, au moins une fois, de faire le point avec un conseiller fiscal ou un travailleur social pour clarifier la manière dont votre cumul pension d’invalidité et AAH impacte, à la fois, vos impôts et vos autres droits sociaux.